Le Dôme de Neige des Ecrins

Le 26 mai 2026, Jamie et moi partons du Pré de Madame Carle avec un objectif ambitieux : monter au Dome de Neige des Écrins puis à la Barre des Écrins, sauter en BASE jump depuis un exit dans la face sud, et rentrer dans la journée. 2 300 mètres de dénivelé positif en one-push, sans nuit en refuge.

La Barre des Écrins, c'est un sommet qui compte pour moi. C'est là que tout a commencé avec mon premier sommet de paralpinisme en 2020, descendu en parapente.

On attaque depuis le Pré de Madame Carle. L'itinéraire est le suivant : On marche vers refuge du Glacier Blanc et on y fait une pause pour remplir les gourdes et souffler quelques minutes, puis le glacier blanc, sous le refuge des Écrins, le mur d'accès au Dôme, et enfin le sommet. Sur le papier, on avait des horaires serrés mais tenables.

La neige en décide autrement.

Le regel n'était pas complet partout sur le glacier. Par endroits on avançait normalement, par endroits on s'enfonçait jusqu'aux genoux : deux pas normaux, un pas qui perce la croûte et qui coûte trois fois plus d'énergie. On avance, on perd du temps, on le sait.

On est complètement seuls, pas une âme qui vive à la ronde. Seules les lumières du refuge des écrins trahissent la présence humaine.

On arrive ensuite au sommet du Dôme des Neiges avec trois heures de retard sur notre planning.

Trois heures, dans une journée déjà construite au plus juste, c'est rédhibitoire. Pour sauter la Barre des Écrins depuis son sommet il aurait fallu continuer à monter, redescendre en face sud et trouver l'exit sans beaucoup d’informations.Et tout ça avec une fenêtre horaire amputée de trois heures. On en avait parlé pendant la montée, quand le retard était devenu évident. La décision était à moitié prise avant même d'arriver en haut.

Au sommet du Dôme, on la confirme. On saute depuis ici.

Ce n'est pas vraiment une déception. La Barre ne va pas disparaitre. Elle sera pour une prochaine fois, dans de meilleures conditions, avec les marges qu'elle mérite.

Le Dôme de Neige, c'est une grosse bosse de neige et de glace posée sur du rocher plutôt instable. On descend le dôme en face nord-ouest en cherchant quelque chose d'utilisable. On trouve ce qui ressemble à un bon endroit. Pour en être sûrs, on jette des cailloux et on compte le temps avant de les entendre toucher. C'est une méthode simple et efficace pour évaluer la hauteur disponible.

Le compte est bon. On s'équipe.

Autre question à régler avant de sauter : l'atterrissage. Depuis cet exit, la ligne de vol naturelle mène dans une vallée différente (La vallée de la Bérarde) de celle d'où on est partis, avec quatre à cinq heures de stop et de navette voiture pour récupérer le véhicule. Je sors la carte. Je regarde le col des Écrins, à droite, le col des Avalanches à Gauche. Je décide de tenter de passer par le col des écrins. Si je passe ce col avec suffisamment d'altitude, je peux poser sur le Glacier Blanc et redescendre à pied jusqu'à la voiture. Je vérifie que ça passe sur la carte. Ça passe. On y va.

On saute en 2-way, c’est à dire ensemble, en même temps. Jamie en wingsuit, moi en static line.

Je vois Jamie s'élancer et chuter. Et dans la même fraction de seconde, je sens quelque chose me retenir en arrière : c'est ma voile qui s'ouvre. Dans l'élan du saut ensemble, j'en avais presque oublié qu'elle était là. Ce moment-là, cette légère surprise de se retrouver sous voile alors qu'on était encore dans l'élan du saut, c'est quelque chose que je ne sais pas vraiment décrire autrement.

Je prends immédiatement à droite. Je passe au-dessus des Jumeaux des Écrins, je me retrouve au-dessus du Glacier Blanc et je vise l'atterrissage. Une à deux minutes de vol. Je pose sur le glacier Blanc.

L'euphorie du saut est rapide.

Parce qu'ensuite il y a la descente. Le glacier, le sentier, les cailloux, la chaleur : un soleil de plomb qui tape sur la neige et les rochers et qui transforme le retour en une longue marche pas très agréable. C'est le revers du choix de la surêté. La logistique ne doit jamais nous freiner de prendre la bonne décision, je l’ai appris à mes dépends en 2025.

Mais c’est le sommet du Dôme qu’il me manquait de toute façon pour ce projet PARA4000, c’est donc sereinement que je peux avancer vers de nouveaux objectifs !

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