18 juin
Le Dome du Gouter

Le 24 avril 2026, on décolle du col du Midi avec les skis aux pieds.
Ce n'est pas la partie la plus spectaculaire de la journée, et pourtant, c'est déjà quelque chose. Partir en parapente à cet endroit la, ça demande de gérer le décollage avant de se retrouver dans la zone de séracs qui borde le col en contrebas. Cette année, la pente se raidit progressivement de façon idéale.
On prend de la vitesse, la voile monte, on décolle proprement. Le vol qui suit est court, balistique, presque utilitaire. Une ligne droite vers les Grands Mulets, 1 200 mètres plus bas. On s'épargne la montée à pied ou en ski de rando, on gagne du temps, on préserve les jambes pour ce qui vient.
On se pose presque à côté du refuge, à côté de plusieurs autres voiles qui ont fait la même chose ce matin, avec des objectifs différents.
Depuis les Grands Mulets, on mets les peaux de phoque et on attaque la montée. 1 200 mètres de dénivelé positif jusqu'au Dôme du Goûter, en passant par le Grand Plateau. On avait planifié trois heures et on met deux heures cinquante-neuf. Ce genre de précision-là, sur une journée comme celle-ci, ça fait sourire.
Il y a du monde sur la voie. Une trentaine de personnes en tout, réparties sur les itinéraires classique du Mont Blanc. Les conditions de neige sont bonnes, printanières, la neige transformée porte bien les skis. Le Grand Plateau est baigné de soleil, coupé du vent. On y est bien, trop bien presque, parce qu'on sait que le sommet du Dôme sera différent.
La fin de la montée est piégeuse. Le Dôme du Goûter est convexe, et ça joue avec le mental : on croit apercevoir le sommet, on arrive sur la bosse, et une autre se révèle derrière. Puis encore une. C'est interminable. On finit par y être. Environ 10km/h de vent, comme annoncé, et un froid qui surprend après la douceur du Grand Plateau.




La descente depuis le Dôme jusqu'au Grand Plateau est une des meilleures choses de la journée. Neige de printemps, moquette, les skis accrochent parfaitement. C'est fluide, rapide, généreux. Ces conditions-là, en haute montagne en avril, c'est ce qu'on espère et qu'on n'obtient pas toujours.
Au Grand Plateau, on s'engage dans les corridors : une pente raide mais skiable, qu'on remonte en peaux pour accéder au sérac qui surplombe la Combe Maudite. C'est ici que la journée bascule vers ce pour quoi elle a été construite depuis le départ.
Le sérac, on l'a repéré pendant la montée, avant d'atteindre le Grand Plateau. C'est une étape importante, et elle s'est avérée décisive : le premier exit que j'avais identifié de loin n'était pas praticable vu de près. Heureusement, un deuxième exit avait été identifié et on trouve un autre point de départ, quelques mètres au-dessus, suffisamment haut pour avoir de l'élan mais dans une zone qu'on peut lire correctement. Le sérac fait environ quatre-vingts mètres.
On s'équipe vite. On est dans une zone de crevasses, on est désencordés, ce n'est pas l'endroit où on veut s'attarder. Chaque geste est fait dans l'ordre, sans précipitation, mais sans traîner non plus.
Je pose à l'atterrissage officiel du Bois du Bouchet de Chamonix à 8h15.
Zéro sommeil, 3 300 mètres de dénivelé cumulés sur deux jours et une nuit qui n'en était pas une. Je suis fatigué, franchement.
Un sommet de plus pour Para4000. Et déjà l'envie que le prochain créneau arrive.